NANTUA – C’est la fin d’une quête identitaire de vingt-quatre ans. Kévin, né d’une PMA anonyme en 2002, a enfin retrouvé la trace de son géniteur grâce à un test ADN clandestin.

Les résultats sont sans appel : son père n’est pas un grand scientifique ou un donneur héroïque, mais simplement « un flemmard de compétition ».

La quête du sang (et de la sueur, surtout celle des autres)

Pendant des années, Kévin s'était imaginé des origines prestigieuses. « Dans ma tête, mon père était un prix Nobel de physique qui avait donné son sperme pour sauver l'humanité, ou au moins un pilote de chasse », confie le jeune homme, le regard vide, devant son bol de céréales tièdes.

Après avoir harcelé les administrations et croisé des bases de données génétiques internationales, le couperet est tombé la semaine dernière. Son père biologique s’appelle Jean-Michel T., 54 ans, résident permanent du canapé de sa mère à Limoges.

« Un profil génétique porté sur la sieste »

Le choc a été brutal lors de la première rencontre. Pas d'étreinte émouvante, pas de larmes. « Je suis arrivé chez lui à 14h. Il était en peignoir, il mangeait des chips devant une rediffusion de "Walker, Texas Ranger" et il m'a demandé si je n'avais pas 10 balles pour s'acheter des clopes », raconte Kévin.

Selon les experts en génétique comportementale interrogés par nos soins, le cas de Kévin est fascinant :

« On pensait que le don de sperme filtrait les meilleurs éléments. Mais là, on est sur une lignée de pure oisiveté. Jean-Michel n'a pas travaillé depuis le passage à l'euro parce qu'il trouve que les billets sont "trop colorés pour être honnêtes". C’est un patrimoine lourd à porter. »

L'hérédité, cette fatalité

Pour Kévin, les pièces du puzzle commencent à s'assembler. Sa tendance à procrastiner le brossage de dents, son incapacité chronique à finir un niveau de Mario, et son amour démesuré pour les chaussettes-claquettes... Tout vient de là.

« J’ai appris qu’il avait fait ce don en 2001 uniquement parce que le centre de fertilité offrait un bon d'achat de 15€ chez Pizza Hut et que l'ascenseur de l'hôpital était en panne, ce qui lui permettait d'éviter de marcher jusqu'au Pôle Emploi », soupire l'enfant de la science.

Une plainte contre l’éprouvette ?

Le jeune homme envisage désormais de porter plainte contre le laboratoire pour « publicité mensongère sur la marchandise ». Il estime qu'on aurait dû lui préciser que son existence tenait uniquement à une envie de Pepperoni Pan Pizza.

De son côté, Jean-Michel a fait savoir par un post Facebook (écrit avec trois fautes par mot) qu'il était « fier de son fils » et qu'il l'attendait de pied ferme pour qu'il vienne tondre la pelouse, « puisque lui, il est jeune et qu'il a encore ses genoux ».