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Épuisé par ses notifications, il décide de vivre en 1998

PARIS – C’est l’histoire d’un ras-le-bol numérique qui vire à la cure de jouvence radicale. Mardi dernier, vers 16h42, alors qu’il recevait simultanément sa 47e notification LinkedIn de la journée, un message Slack urgent pour « caler un point » et deux rappels pour renouveler son cloud, Thomas, 32 ans, a craqué.

Dans un geste d'une violence inouïe mais salvatrice, le jeune cadre dynamique a balancé son smartphone dernier cri par la fenêtre, résilié la fibre optique et décidé de bloquer son existence en l'an de grâce 1998.

« Mon répondeur ne me demande pas de liker sa vie »

Pour mener à bien sa transition temporelle, Thomas n'a pas fait les choses à moitié. Il s'est immédiatement rendu dans une brocante pour faire le plein d'équipements de pointe de la fin du siècle dernier : un téléphone fixe à fil gris, un répondeur à microcassette, un moniteur cathodique beige pesant le poids d'un âne mort et, évidemment, l'accessoire ultime de la gestion émotionnelle : un Tamagotchi vert néon.

« Les gens ne se rendent plus compte, mais un répondeur à cassette, c'est l'élégance absolue », explique Thomas en nettoyant la bande magnétique avec un coton-tige imbibé d'alcool. « Quand les gens m'appellent, ils entendent 'Laissez un message après le bip'. Pas de double appel, pas de pastille rouge, pas de statut 'En ligne'. Si je ne suis pas chez moi, je suis dehors. C'est d'une logique imparable. Et puis mon répondeur ne me demande pas de liker sa vie. »

Un Tamagotchi pour remplacer Slack

La plus grande transformation réside toutefois dans son organisation professionnelle. Remplacer l'agilité des outils modernes par la rigueur d'un petit animal virtuel japonais s'est avéré être un choix stratégique majeur pour son équilibre mental.

  • « Avant, je devais gérer 12 projets en parallèle sur Trello », confie-t-il, les yeux fixés sur les pixels noirs de son œuf en plastique.

  • « Maintenant, ma seule priorité absolue dans la vie, c'est d'éviter que 'Pikatchou' ne ramasse ses propres excréments virtuels à 14 heures. »

  • « Honnêtement ? Mon niveau de stress a chuté de 80 %. C'est beaucoup plus sain d'engueuler un écran de 2 centimètres qui bip parce qu'il a faim que de répondre à son boss sur Teams. »

Une adaptation sociale parfois complexe

Si Thomas se dit « pleinement épanoui », son entourage semble plus mitigé. Son banquier a mis trois jours à comprendre pourquoi il envoyait un chèque par La Poste pour régler sa baguette de pain, et sa compagne tente tant bien que mal de s'habituer au bruit strident du modem 56k quand Thomas essaie de consulter la météo sur Minitel.

Qu'importe : Thomas tient bon. Il envisage même de s'acheter une 206 gris alu sans GPS et de ne plus écouter sa musique que sur des CD gravés au marqueur noir avec la mention « Compilation Potes 98 (Mix de l'été) ».

Aux dernières nouvelles, sa seule préoccupation actuelle serait de trouver une boutique qui vend encore des piles AAA par pack de cinquante pour alimenter son Game Boy Pocket. Un combat du quotidien, mais un combat noble.